La prise en charge médicale

Le parcours décrit ci-dessous est un parcours type. La détection précoce et, en cas de persistance de la transidentité, le retard puis le déclenchement de la puberté dans le genre de préférence, présente le meilleur pronostic d’insertion sociale, professionnelle et affective pour les jeunes adultes trans*. Chaque situation étant singulière, il est possible d’entrer dans ce processus à tout moment, ce qui peut ajouter certaines complexités.

Entre 0 et 10 ans

La majorité des spécialistes de la santé transgenre estiment qu’il ne faut pas médicaliser les enfants transgenres et que l’OMS devrait éviter d’inclure un diagnostic d’incongruence de genre chez l’enfant dans la version 11 de l’ICD.

Dans cette tranche d’âge, un changement de genre familial ou social et scolaire peut être nécessaire pour soulager la dysphorie de l’enfant mais il doit être introduit de manière souple et réversible car 60 à 70% des enfants trans* se révèleront désistants.

La Fondation offre aux familles un soutien et des services adaptés:

  • Accompagnement du changement de genre à l’école
  • Groupe de parents autogéré
  • Conseils et orientation selon besoin

Un suivi régulier, peu fréquent si tout va bien, par un-e thérapeute de famille ou un-e psychologue systémicien-ne de l’enfance est utile, ne serait-ce que pour produire un rapport documentant l’évolution de l’enfant durant ces années. Celui-ci justifiera le passage à l’étape suivante, l’induction hormonale d’un retard de puberté.

En effet, les enfants trans* persistants, malgré le soulagement obtenu en fonctionnant dans leur genre de préférence, expérimentent juste avant la puberté le retour d’une dysphorie plus ou moins intense qui confirme leur besoin d’induire le retard de puberté.

Entre 10 et 15-16 ans

  • de 10 ans à 12-13 ans (stade Tanner II-III): le soutien psychothérapeutique s’intensifie pour aider l’enfant et sa famille à faire face au mal-être annonciateur de la puberté. Vers 11-12 ans (début du stade Tanner II) il est bon de consulter un-e endocrinologue pédiatre en anticipant le besoin du retard de puberté. Ceci d’autant plus que certains endocrinologues pédiatres n’entrent pas en matière pour un retard de puberté sans une expertise pédopsychiatrique (qui prendra du temps) alors que d’autres se satisfont du rapport de suivi du psychologue et/ou du pédiatre qui, idéalement, a suivi l’enfant depuis des années.
  • de 12-13 ans à 15-16 ans: sous réserve de l’accord des parents, l’endocrinologue pédiatre induit un retard de puberté par injection mensuel de GnRHa (Triptorelin, ex. Decapeptyl 3.75mg). Ce traitement, réversible à tout moment, permet de contenir la dysphorie, d’éviter l’apparition de caractères sexuels secondaires adverses irréversibles, et d’utiliser ces quelques années supplémentaires comme une aide à la décision très utile. Il permet au jeune et au psychothérapeute de clarifier toute confusion ou questionnement résiduels sans être pressés par le temps, jusqu’à ce que le patient atteigne l’âge du consentement éclairé. De plus, cette tranche d’âge, charnière au niveau du développement cognitif et  émotionnel, est idéale pour travailler sa définition identitaire en tant qu’être sexué, ce qui est riche et déterminant pour toute sa vie affective et sexuelle future. Les options de préservation de la fertilité seront approfondies également.

Vers 15-16 ans

L’âge du consentement éclairé est atteint et le ou la jeune trans* est à même de s’autodéterminer en toute connaissance de cause. L’endocrinologue pédiatre, parfois en lien avec l’endocrinologue adulte, déclenche la puberté correspondant au genre de préférence. Dans ce cas, d’éventuels gestes chirurgicaux ne seront pas nécessaires avant 18 ans.

La chirurgie

  • A partir de 16 ans, la seule intervention envisageable concerne une éventuelle mastectomie chez un jeune FtoM qui n’aurait pas bénéficié du retard de puberté, serait sous testostérone depuis plusieurs mois et intégré dans son genre de préférence. Cette opération peut être acceptée par l’assurance de base et permet un soulagement considérable. Elle est plus complexe qu’une réduction mammaire et doit être effectuée par un plasticien expérimenté en chirurgie transgenre.
  • La chirurgie génitale dite de réassignation (vaginoplastie ou phalloplastie) n’est légale en Suisse qu’à partir de 18 ans. Par contre, certaines assurances de base tentent parfois de s’appuyer sur une vieille jurisprudence pour la rejeter jusqu’à 25 ans. Une telle position de résiste pas aujourd’hui à un recours. Cette chirurgie complexe exige une compétence spécialisée et une solide expérience. Certains préfèrent l’accomplir dans des centres de compétences à l’étranger ce qui, en l’état de la situation juridique, ne permet pas le remboursement par l’assurance de base ou alors un remboursement limité aux nuits d’hospitalisation dans les limites de la LAMal suisse.

Aujourd’hui, on estime en Suisse que 80% des hommes trans* n’effectueraient pas de phalloplastie et que près de 50% des femmes trans* n’effectueraient pas de vaginoplastie.

La chirurgie de réassignation et la stérilisation subséquente ne sont aujourd’hui plus exigibles par le tribunal comme condition au changement d’état civil.

Vidéo

Extrait du Symposium – 10 ans de la Fondation Agnodice

Protocole d’Amsterdam; le retard de puberté et son action (par Peggy Cohen-Kettenis) – 32:22